Deux corridas de toros, en cette feria d’Estremadure, sous les yeux attentifs de la peña Angelina…
Tout en tenant compte de la catégorie de cette arène, il faut bien admettre que les toros de Daniel Ruiz sortis en piste n’avaient rien à y faire. Mal faits, aux cornes très douteuses, pour rester poli, et d’une faiblesse indigne, ils ont promené toute l’après-midi une fadeur et une mollesse qui fera dire à Angel que ces toros étaient tout simplement c… comme des balais! ce qui résume assez bien le propos… Nobles et sans malice (le rêve…des toreros), ils ont été sans intérêt et seul le sixième avait réellement de l’allant et une vingtaine de bonnes charges à exploiter.
Dans un tel contexte, il faut savoir prendre son plaisir de tous les petits détails que l’on peut glaner ça et là en rêvant de jours meilleurs…
El Cid était magnifiquement vêtu, d’un costume abricot et or, rehaussé de blanc et brodé par endroits de petites fleurs vertes. Si l’on considère les oreilles accordées à ses companeros, il aurait dû lui aussi couper mais l’épée, où il ne s’est guère engagé (sans aucune raison !), lui a ôté cet espoir. Il a honnêtement tiré ce qu’il y avait de ses deux toros avec quelques éclairs sur la main gauche, la classe entrevue…
Miguel Angel Perera revenait après sa blessure madrilène, apparemment confiant d’après ses propos tenus dans la presse, et resta très discret …Je ne sais pas s’il avait déjà la tête à Madrid (où il était au cartel le lendemain), mais ses deux prestations ont été insignifiantes…L’oreille coupé à son second a paru le surprendre autant que beaucoup de spectateurs et son tour de piste avec une tête d’enterrement (comme souvent !) fut d’une alegria sans égale, la fête… !
Le torero de Caceres, Emilio de Justo, qui toréait là seulement sa deuxième corrida, avait d’autres intérêts dans ce cartel et a montré de la volonté. Vaillant à la cape et dans un style un peu brusque à la muleta, il a su exploiter la bonne charge du dernier pour couper son oreille qui était méritée, surtout après celle donné à Perera, mais il faut apprendre à tuer…Durant cette feria, il m’a trotté dans la tête et à chaque estocade la chanson d’Yves Montand : « J’aime flâner sur les grands boulevards »… À noter durant cette course une nouvelle suerte, le lancer de gourde par un peon au-dessus du toit des arènes!
Le dimanche, trois jeunes toreros de styles différents dont on attendait beaucoup. Les toros de Los Bayones, bien présentés, furent intéressants par leur comportement typique de l’encaste Atanasio/Lisardo Sanchez. Un lot plutôt manso et handicapé par une certaine faiblesse de pattes, mais avec un fond de caste et de noblesse à exploiter et donnant du jeu.
Cesar
Jiménez est reparti avec les deux oreilles du quatrième, et peut
aller brûler un cierge de ne pas avoir été encorné,
en étant pris sur un desplante à genoux, dos au toroUn moment
de folie, quand après avoir été relevé, il recommença
la même suerte ! Olé torero ! Émotion à
son comble, public retourné (surtout au soleil, en plein casse-croute !)
et deux trophées un peu exagérés pour le madrilène
(refusant la sortie à hombros, ce qui est tout à son honneur).
[ à voir sur le CD du voyage concocté par Jean
Louis]
En dehors de ce fait, Jiménez m’a un peu déçu, son élégance maniérée et ce côté poseur ne passent pas et masquent un peu le contenu de ses faenas où l’influence de son mentor Joselito tarde à se faire sentir.
Étant un aficionado au goût plutôt classique, j’ai beaucoup aimé le toreo de José Maria Manzanares hijo, muletero très fin, efficace et profond…La faena à son second, un manso, qui chercha les planches du début à la fin, fut méritoire et terminée dans le terrain du toro par une estocade canon (enfin !) L’oreille était méritée et aurait dû logiquement être doublée, vu l’inflation au toro précèdent, mais une présidence totalement dépassée, hésitante et certainement divisée, fit que tout se termina dans le plus grand vacarme.
Alejandro
Talavante fut assez mal servi avec
un premier court de charge et un second qui à mon avis aurait dû
être changé car boiteux devant et qui tourna à l’invalide
durant la faena. On attendra donc pour juger ce jeune torero dont les succès
de ce début de saison ne sont sûrement pas dus au hasard. Son style
vertical et sa tauromachie linéaire en ce jour n’eurent aucun impact
sur le public et je ne parle pas de l’estoc… À revoir.
Fin de corrida et grande bronca pour la présidence de la part du public et des socios de la Angelina, se faisant bruyamment entendre durant toute la feria et garants de la qualité de l’aficion française…
Que de souvenirs à garder de ce voyage, un groupe chaleureux, une ambiance du tonnerre, le campo, les toros, le fino…