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Si la Mancha n’est pas la région la plus riante d’Espagne, herbes grillées sur fond de caillasses pelées, et si les moulins du Quijote ont laissé place à des alignements d’éoliennes moins romantiques, la cité d’Albacete avait de quoi séduire, l’histoire taurine de cette contrée ayant fait trace par ses maestros d’envergure d’hier à aujourd’hui, du petit (non, de l‘immense !) Damaso Gonzales à Manuel Caballero jusqu’au grand espoir actuel Ruben Pinar.
Après des premières et très solides agapes m’ayant rapidement plongé dans une douce euphorie, premier cartel aux arènes pour une corrida que dans mon état d’alors, j’étais près à trouver triomphale sans plus aucune exigence…A croire que le bon public avait lui aussi envie de se laisser aller et les 4 « oreillettes » coupées par Cesar Jimenez et le local Andres Palacios n’étaient pas de nature à rassurer les socios de la Angelina sur la catégorie de l’arène ! Deux sorties à hombros sans aucun relief. Quant au troisième larron de cette entrée en matière, le catalan Serafin Marin, il inspira à une aficionada de la peña une phrase qui résume à elle seule la pensée du jour « Serafin des haricots ! »
En soirée, à chacun son plaisir de découvrir cette féria . Certains versèrent des larmes de bonheur à l’auditorium en écoutant un Pan y Toros joué magistralement, à moins que ce ne soit le trop plein d’émotion donnée par la naissance d’un petit fils… D’autres découvrirent un campo de feria bigarré, quant à moi je revins aux arènes pour les recortadores, des furieux qui écartent des toros en pointes que j’abandonnai à mi-course, les fatigues du voyage et un gin-tonic de trop ayant eu raison de mon aficion…
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Retour,
par Almansa et son restaurant Maralba au décor moderne, minimaliste et
à la nouvelle cuisine, pleine de créativité à la
très bonne surprise de tous. Un service impeccable, des saveurs raffinées,
un régal et merci à notre président de cette entorse à
ses propres goûts culinaires, mais cher Eric, il est encore temps d’apprendre…
Ce soir-là aux arènes, le lot de toro d’Adolfo Martin fut beaucoup moins subtil et raffiné, mais il y avait là un torero, un maestro hors normes auquel les deux autres toreros du jour, pourtant mieux servis au sorteo, durent laisser goûter seul le sel du triomphe. Qu’est ce qu’on peut encore dire sur El Fundi, immense d’aficion , d’engagement et de science sur un toro très dangereux, une vraie carne que l’aigle de Fuenlabrada ne douta pas et tout cela au centre de l’arène s’il vous plait. Une épée magistrale, une oreille de poids et l’admiration de tous, un grand moment…
Pour le jeune colombien Luis Bolivar, la comparaison fut cruelle car l’oreille lui était promise après une faena enlevée, mais le petit pas de côté pour éviter la corne et de ce fait l’épée très basse, montra le gouffre qui existe en un bon espoir et une figura…Diego Urdiales quant à lui fut aussi palot et triste que son costume.
Soirée dans les casetas du ferial où après un corsé Vino tinto local (pour désinfecter !) et un Mojito charpenté (pour rincer !), mes souvenirs se sont égarés dans les profondeurs de la nuit...
Soleil radieux le lendemain pour une visite chez l’éleveur Daniel Ruiz - que nous avions vilipendé l’année dernière à Plasencia pour son lot de toros indigne * - mais qui s’est avéré d’un accueil très agréable ainsi que son épouse et ses enfants. Simple et chaleureuse, cette famille a charmé le groupe par son sens de l’hospitalité.

Des toros typés Domecq dans un campo vallonné et plutôt verdoyant. Un bétail de présentation agréable puisque j’ai même réussi à prendre pour des novillos un lot de toros pour Seville ! Une finca de belle allure et l’endroit propice pour sabler le champagne et fêter nos hôtes et les prochaines 15 années d’existence de la peña.
Retour par Alcaraz, petit village perché typique de la région, aux arènes coquettes, nichées aux creux des maisons.
À 6 heures aux arènes,
les jeunes filles sont en émois, en transe même à l’entrée
du patio de caballos. C’est la corrida des beaux gosses, et il y a de la tension
sur les tendidos, extrait d’un dialogue…
- Elle : Tu ne trouves pas qu’il est beau ?
- Lui : Qui ça,
le toro ?
- Elle : Non, le torero !
- Lui : Dans la corrida, le plus important, c’est le toro, concentre-toi
là-dessus, s’il te plait…
Deux heures et demie plus tard, le débat a changé de sujet. Chacun défend sa paroisse et une tertulia s’improvise à chaud entre aficionados sérieux et têtus…
Corrida importante et honneur au toros d’abord avec un lot de Las Ramblas qui a « servi » (oublions la pique…) et pu laisser s’exprimer les trois toreros. El Cid a coupé à son premier, surtout pour une belle estocade, mais personnellement, je ne l’ai pas aimé dans cette course, une tauromachie un peu nerveuse et accélérée, sans l’amplitude et l’élégance habituelles, ordinaire quoi…

Avec Anton
Cortes, on a appris quelque chose, c’est que la corrida, ça rend sourd ! « Te
quiero mi Gitano ! » et d’autres encouragements, a hurlé
sans cesse dans nos oreilles un supporter particulièrement
déchaîné, qui s’est heureusement fatigué assez
vite**, au grand soulagement
de nos socios !
Du sentiment et de la profondeur dans les passes pour une oreille méritée
à son premier et du caractère chez ce torero
pour aller tirer des passes du cinquième, un manso
de gala, retenu, gratteur et collé dans sa querencia
que l’albaceteno tentera vaillamment de faire passer. De la passion dans les
gradins et beaucoup de chaleur et de gentillesse de la part des spectateurs,
nous invitant spontanément à partager la merienda
à la mort du troisième toro, délicate et fraternelle attention…
Jose Maria Manzanares m’a tellement emballé, que j’en ai oublié certains de mes principes et c’est tant mieux ! Un jeu de cape comme je n’en avais plus vu depuis longtemps, lenteur, profondeur et temple absolu. Un redondo complet pour capter et fixer l’attention de son dernier qui refusait le combat au départ, magique !
Une première faena de suprême élégance, toute en galbe et rondeur avec cadence et une toreria certaine, accompagnant la charge certes plutôt que de l’infléchir, mais n’est-ce pas l’apanage des grands, quand le toro le permet, de ne pas trop obliger pour pouvoir prolonger …C’est ce qu’à toujours fait Manzana père et ce dans quoi excelle Enrique Ponce par exemple. Après l’oreille donnée au Cid, les deux trophées s’imposaient et je pense que le président aurait pu montrer une pointe de sensibilité envers cet art…
Pour clôturer cette belle journée, dîner au restaurant El Callejon, véritable musée taurin de la ville. Mets succulents, ambiance festive et la chorale « Angeline » en point d’orgue.
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Journée libre le lendemain et gueule de bois en apprenant au petit dejeuner qu’Enrique Ponce, très attendu, n’honorerait pas son contrat et serait remplacé par le local Andres Palacios !, pas vraiment la même catégorie. De plus le lot de Samuel Flores fut remplacé par des Luis Algarra ! Aye, quel cartel… et Eric qui nous avait pris des barreras au soleil pour profiter du spectacle de Ponce face à son élevage favori ! Mala suerte…
Le lot d’Algarra fut sans intérêt à part peut-être le premier que son matador gaspilla sans aucune vergogne.
En vedette le Fandi,
torero populiste, certes grand animateur (il en faut !), mais au toreo
basto et vulgaire malgré quelques bonnes paires de banderilles,
bien souvent à corne passée… Cependant, ce fut la folie sur les
gradins et il a bien failli couper les deux oreilles à son second adversaire
après une « faenita » bien conclue cependant !
Bravo au président de cette corrida d’avoir su résister à
la vindicte populaire ! Au crédit de David Fandila , un quite opportun
pour sauver un peon en grande difficulté, comme
quoi je sais rester objectif !
Les deux autres toreros de cette course furent Serranito, excellent à la cape dans deux quités ajustés, mais sans beaucoup de transmission à la muleta, assez tristounet… et le vaillant Palacios, à son niveau dans cette corrida et salement accroché au dernier taureau qui failli bien couper l’oreille de son matador… ! Dans cette corrida, mon souvenir restera les deux paires de harpons posées par le nommé Angelino Felipe, troisième de la cuadrilla de Palacios, deux poses parfaites en plein berceau et avec classe, mais allez expliquer cela aux gens après le show du Fandi…
Le plaisir tout
de même d’avoir partagé encore ce moment avec tous les socios de
la peña, heureux de ce beau séjour. Pour
garder notre passion et continuer à aller aux arènes, c’est vrai
qu’il faut avoir la foi, mais pour les voyages de la Angelina, je crois surtout
qu’il faut avoir le foie… !
Chacun est ensuite reparti chez soi, mais pour nous tous, c’est finalement comme pour le torero, l’important, c’est de toujours penser à se croiser…
El Claudio
notes :
* - Quelques pégnangélistes purent voir un lot de
bon aloi trois jours plus tard dans les mains du Juli à Nîmes.
Le dernier taureau eut droit à un tour d'honneur, surtout dû au
maitre de mulète plus qu'à ses qualités propres, mais c'était
juste récompense pour l'ensemble de l'envoi. retour texte
** - Pas avant le troisième taureau, quand même, et
pas de lui-même! retour texte