VALDELLÁN !
Après une semaine aux arènes fort
policées de Cordoue où on a vu couper quatre oreilles méritée
pour Manzanarès, trois oreilles justifiées pour El Juli, trois
oreilles encore pour Moreno qui ne les avait pas volées et autant
pour Leonardo Hernandez à cheval unanimement demandées, on était
resté sur sa faim à cause d'un je-sais-très-bien-quoi : le
manque de sauvagerie des taureaux.
Changement de décor pour Sahagún,
à deux pas de León,
dans le village même où la Peña
Angelina avait fort bien diné l'an passé, dans des petites arènes
en dur mais sans callejon, pour 25 euros en barrera, à cinquante
centimètres du torero qui se plonge dans la contemplation du fond de
sa montera en attendant la
sortie de son taureau, où j'ai vu, de
mes yeux vu, les taureaux de Valdellán, la ganaderia où les
pégnangélistes du voyage avaient pu assister à une tienta.
Quelle
corrida,
mes aïeux !
Plus
de deux heures trente d'émotions fortes sans qu'un seul taureau
n'ait été renvoyé aux corrales,
la
faiblesse ne faisant pas partie de la panoplie ;
deux heures trente à passer de l'allégresse à l'épouvante, de
l'indulto
au frôlement des trois avis ; du succès à la débâcle des
toreros !
Comme
d'habitude je n'ai pris aucune note et de plus j'avais oublié mon
appareil photo, mais si vous lisez les compte-rendus officiels sur
vos sites taurins préférés, vous aurez à peu près ceci que
je recopie de 6toros6, trouvé en tout-petits
caractères dans
un coin de page :
SAHAGÚN
DE CAMPOS(León) :
Toros de Valdellán
(4°,indulto),
Sanchez
Vara (oreja
y dos orejas y rabo simbólicos),
Serafín
Marín (ovación
y silencio tras aviso) y Fernando
Cruz (dos
orejas y silencio tras aviso).
Comme
c'est un peu court, puisons dans la mémoire !
Il
convient en premier lieu d'admirer l'homogénéïté du lot :
taureaux autour de 515 kilos, sauf le dernier qui poussait jusqu'à
560 ; joliment présentés, sauf le dernier qui offrait un
impressionnant balcon de cornes puissantes ; tous, sauf le
quatrième, extrèmement réservés à leur entrée en piste, très
incommodes à la cape, se révélant au cheval, plusieurs ayant
chargé 6 fois à la pique et en ayant pris je ne sais combien si on
tient compte des repiquage en cours de poussée.
Sanchez
Vara obtient l'oreille du premier en arrêtant sa faena
dès que le taureau commença à se réserver ; Serafin Marin
perdit à l'épée le bénéfice d'un travail correct ; et
Fernando Cruz, après plusieurs superbes séries à droite et bien
que débordé à gauche, obtint les deux oreilles d'un taureau qu'on
honora d'un tour d'honneur des plus mérités, après avoir pris
plusieurs piques bien en place (si ! si ! c'est vrai, en
bonne place!) et chargé fortement sans la moindre mièvrerie.
La
fête se serait arrêtée là que nous serions sorti content. Mais
vint le quatrième.
Sanchez
Vara le reçoit bien à la cape et l'emmène au centre par véroniques
méritoires, place le taureau pour la pique prise en brave, puis
remet le taureau au centre de l'arène et fait écarter tout le
monde. Au picador de citer lui même une bête qui règne au centre
de la piste. Nouvelle forte poussée sous le fer bien placé.
A
ma demande reprise d'une manière incertaine dans les gradins, et à
la surprise de quelques voisins espagnols qui ne le connaissait pas
-il avait fait le paseo
tête nue et laissé les batons à ses équipiers au premier taureau-
Sanchez Vara banderilla, deux bonnes paires sur la corne gauche et
une excellente al
violin sur
la droite. Le reste ne fut pas une promenade de santé, notamment à
droite, mais petit à petit, le torero pris le dessus à gauche et
allongea les charges qui auraient pu continuer jusqu'au petit matin.
Après avoir pris l'épée de mort, puis repris l'épée d'aluminium,
il égrenait des séries et le taureau passait maintenant à gauche
et à droite, mais la corne toujours dangereuse ne demandait qu'une
négligence de la muleta pour tirer vers l'homme.
Dans
l'allégresse générale on accorda la grâce, ce que le taureau
méritait peut-être. En tout cas un très bon taureau, ce que le
torero avait vu avant tout le
monde.
Ça
ce serait arrêté là. Mais non il y avait un cinquième. Très
mauvais cinquième. Un curieux manso,
refusant le combat mais campant au centre de l'arène où personne
n'osait s'approcher, chargeant quand il voulait le cheval ou passant
à coté, poursuivant l'homme après des banderilles prudemment
posées, et refusant la muleta que Serafín
n'osait pas mettre suffisamment près. Le torero abrégea, quasiment
au soulagement général.
Il
y avait encore le sixième.
560
kilos sur la balance et chaque corne aurait suffit pour faire la
paire d'un taureau bien présenté. Six piques au moins et il en
redemandait. Et l'ami Fernando devant, qui ne perd pas pied à la
cape, puis qui commence la faena
par le bas grace à des fentes très allongées, puis, fléchissant sous la
force de la
bête, parvient malgré tout à lier quelques passes à droite
longues et templées, mais doit renoncer à gauche, le taureau
gardant ses immenses armes à mi-hauteur.
Après
deux épées entières dans le cou, une attente interminable et
l'abandon de toute velléité de descabeller, il parvint à en
placer une troisième mieux centrée qui fit tomber le taureau. Hélas
le puntillero eut beau entrer plusieurs fois la lame dans la
nuque de la bête, le taureau était toujours vivant. Une puissance
pareille, c'est à peine croyable.
On
ne dut qu'à l'oubli des avis de ne pas voir un deuxième taureau
sortir vivant.
Par
hasard, j'étais au tendido
7, ce qui n'a ici heureusement aucune signification particulière,
mais j'y étais entouré de savants connaisseurs et aucun ne sortit
mécontent des gradins.
Toros
de Valdellán.
Rendez-vous
à Parentis pour leurs petits frères.
DM.