Les canards aux oreilles   par Benbénèze

Je crois avoir dit déjà que la seule musique qui m'importe lors d'une faéna est la musique silencieuse du toréo. Je dois confesser que l'orchestre de Bilbao pourrait m'inciter à mettre un bémol à cet avis péremptoire, tant sa sonorité contraste avec la dysharmonie courante et tant le chef est attentif à ce qui se passe dans l'arène. Au dernier taureau de Torrestrella sorti en piste ce 16 juin 2007, le seul vraiment bon du lot et qui échut à notre Castella national (un espagnol bon teint derrière moi s'écria "enfant de la patrie!" en français dans le texte, lors d'une passe soulevant l'enthousiasme) un air que je ne reconnus pas pour être du catalogue standard des pasodobles taurins, épousa le rythme lent imposé par le torero. Je ne saurais mieux dire qu'Angel : "Ici, tout est finesse et en harmonie avec la faena. D’ailleurs, l’impression qui me reste de ce moment de forte émotion est que l’instrument principal de l’orchestre a bel et bien été la muleta du maestro."

Hélas tout n'est pas qu'ordre et beauté, luxe calme et volupté. J'étais à Plasencia lors de la féria 2007 !

Qui n'a jamais entendu l'horreur se doit de faire le voyage à Plasencia. Passe encore les clarines couacquantes, elles ne durent pas trop longtemps et on peut se bercer de l'illusion qu'il s'agissait d'improvisation pour un dépot de bilan, mais la fanfare! Non seulement l'agglomérat de sadiques qui officiait chaque jour martyrisait les tympans, les instruments et chaque faena, mais encore il se croyait obligé de lancer la cacophonie à la moindre passe qui ne fut pas mauvaise. Aussi devions nous souffrir le dilemne: ou que la faena soit bonne et par conséquent que "l'orchestre" nous la gâche, ou que le torero perde sa muleta accrochée aux cornes du taureau et qu'enfin la musique se taise.
Je n'ose pas parler des cuivres, je n'ose pas évoquer le chef, mais puis-je me taire sur la grosse caisse ! Qui n'a jamais entendu l'horreur se doit de faire le voyage à Plasencia, bis repetita. Non seulement la bande jouait faux, mais elle éprouvait le besoin de jouer fort. Très fort! Imaginez une langoureuse naturelle de Manzanares fils, longue comme un jour sans pain, qui étire son classicisme au marches du maniérisme, et la grosse caisse qui se prend pour un B52!

Je forme un voeux :
que la "musique" des arènes de Plasencia soit bien la pire d'Espagne.