Edito de Claudio pour ITEM 339

Le souvenir de Julio Robles


Il y a en ce début d’année dix ans que Julio Robles a quitté ce monde et à cette occasion, je veux lui rendre ici hommage.

J’ai eu le bonheur de le voir dans les ruedos à plusieurs reprises et rarement un torero ne m’a fait autant impression par son charisme et sa classe.

Un vrai physique de torero en premier lieu, grand, mince et ce regard grave et profond des hommes des terres de Salamanque. Julio Robles fut le vrai torero campero à l’image du Viti, formé à l’école des tientas du Campo Charro, où son toreo mûrit lentement, atteignant une profondeur classique épurée. Il forma dès son plus jeune age une pareja avec le Nino de la Capea qui fut son grand ami et companero dans les arènes.

Son jeu de cape restera comme l’un des plus cadencé et profond que j’ai pu voir, prolongeant la charge à la véronique autant que possible. Il ne manquait également jamais de s’illustrer au quite et ses duels avec Jose Ortega Cano à Madrid resteront célèbres.

Ses faenas de muleta furent marquées par le temple et la profondeur. Sa main gauche était prodigieuse et sa gestuelle épurée et parfois austère cachait une technique parfaite.

Ayant atteint sa plénitude au coeur des années 80 et devenu l’un des favoris des arènes de Madrid, Julio Robles fut alors unanimement reconnu par ses pairs qui lui vouaient admiration et respect ( Jose Maria Manzanares padre en avait fait un de ses modèles ).

Sa carrière aura mis pourtant beaucoup de temps à décoller, son apparente froideur et son austérité ayant peut-être freiné son acceptation par certains publics festifs, mais il restera à jamais comme l’image du grand maestro classique dans toute sa solennité.

Torero d’une envergure et d’une personnalité peu commune, il ne rentra jamais dans la compétition pour briguer les premières places de l’escalafon et se contenta le plus souvent d’une trentaine de contrats par année, préférant la qualité à la quantité.

Sans être nostalgique, je regrette cette tauromachie à l’ancienne, loin des toreros d’abattage actuels aux faenas kilométriques sans caractère ni saveur…

Malheureusement, à la feria de Beziers 90, dans une année de grands triomphes, le destin qui portait le nom de « Timador », toro de Cayetano Munoz, cloua Julio Robles sur un fauteuil roulant. Pris et soulevé à la cape, le torero salmantin retomba sur la nuque et se brisa les cervicales à l’image de Nimeno, terminant sa vie tétraplégique…

Retiré dans sa propriété de « La Glorieta » au coeur du Campo de Salamanque, Julio Robles continua jusqu’au bout à aller voir ses toros et même une nuit de pleine lune et aidé par Enrique Ponce donna des passes à une vachette, assis dans son fauteuil… Torero malgré tout.

En revoyant dernièrement des images de sa carrière, j’ai compris pourquoi c’est grâce à lui que je suis tombé en « aficion », marqué par cette tauromachie mélancolique et profonde comme son regard…Julio Robles.


El Claudio