Un jour à Leon
- Bienvenue à Leon, amigo ! Ce sont les fêtes de San Juan et San Pedro dans notre ville et aujourd’hui c’est le jour de la grande corrida tellement attendue, celle des figuras ! Tu es français ?
- Oui, je suis venu avec mes amis de la Pena Angelina. On fait un voyage en Espagne chaque année et nous avons choisi cette feria car elle nous semblait sympa et atypique avec cette fameuse course de quatre toreros et ces arènes couvertes.
- En effet, on l’appelle la corrida « monstruo » et l’an dernier un toro a été gracié par le maestro Enrique Ponce dans une ambiance de folie ! j’ai entendu dire que c’était arrivé aussi chez vous, à Dax et Nîmes notamment…
- Ah bon ? Euh, je préfère ne pas trop en parler…
- Ici, c’était un toro de « Zalduendo » ! le même élevage qu’aujourd’hui…
- Tant mieux, tant mieux… Ce matin, je suis allé voir les toros aux corrales pour le sorteo et ce lot ne m’a vraiment pas impressionné. Plutôt petits, sans trapio et aux cornes suspectes et même abîmées pour trois exemplaires. Enfin, un vrai lot pour vedettes, cela devient malheureusement une habitude…
- Tu es trop exigeant ! On ne peut pas tout avoir… Toreros et toros !
- C’est bien le problème du système actuel où tout semble verrouillé à l’avance dans ce mundillo taurino. Enfin moi, ce que je peux dire…
- Écoute ! Leon n’est quand même pas Madrid et s’ils donnent un bon jeu, tu changeras vite d’avis !
- Ça m’étonnerait… Mais pour toi je promets de faire un effort !
- Voilà le paseo… ! Moi je suis venu pour El Fandi ! Avec lui, on est jamais déçu car il y a du spectacle !
- À chacun son truc… En tout cas ce premier toro est faiblard et vraiment sans intérêt et Ponce en roue libre, cela risque d’être très long cette corrida…
-Tu es bien grognon ! C’est à cause de la déroute des bleus ou quoi ?
- Ah çà ! j’étais sûr qu’on allait se faire chambrer… Remarque, c’est de bonne guerre.
- Tu ne trouves pas que Morante de la Puebla torée un peu le c… en arrière ?
- Tu sais c’est un torero au style marqué, un peu à l’ancienne et aux attitudes baroques, mais quelle classe et quelle toreria ! Ces terminaisons par le bas, ces passes fleuries… Cela change des faenas stéréotypées que l’on nous sert au kilomètre… C’est atypique mais génial. Je me régale… Oreille !
- Ah, voilà le Fandi… !
- On va boire un verre ?
- Momento l’ami ! On est là pour la Fiesta !
- T’as bien raison, et puis il a bien posé les banderilles et semble un peu plus posé que d’ordinaire dans ces premières séries… En tout cas, le public est à fond derrière lui !
- Moi, ce que je préfère, c’est quand il se met à genoux. Olé y Olé !
- Chasse le naturel, il revient au galop…
- Qu’est-ce que tu dis ?
- Euh, rien…
- Quel grand coup d’épée « a recibir » !
- Très bien portée, c’est vrai, mais, je crois qu’elle est de travers et ressort sur le flanc du toro…
- Otra, otra, otra… !!!
- Bon, ben c’est pas bien grave alors…
- Un Gin Tonic pour fêter les deux oreilles !
- Je préférerais un verre d’eau, j’ai la gueule de bois…J’ai un peu trop arrosé avec tes compatriotes hier soir la victoire de la Roja !
- Voilà Cayetano ! Ma sœur est venue pour lui, elle le trouve très beau… Elle a même une photo de lui au-dessus de son lit, tu sais, quand il a défilé pour Armani.
- Comme c’est mignon… En tout cas il torée pour les midinettes, les Olés sont d’une octave au-dessus de la moyenne !
- Elle est très déçue que le public ne demande pas l’oreille !
- On n’est pas non plus dans un défilé de mode…
- Revoilà Enrique Ponce, même pas le temps de manger… Musica !
- Tu me fatigues avec ta musique, ils n’ont que trois morceaux à leur répertoire et c’est une cacophonie ! Même le torero en est fatigué…
Ce toro est « soso » mais quelle noblesse de rêve… Ponce nous fait du toreo de salon ! La fameuse difficile facilité... Cela aurait vraiment mérité une estocade plus engagée et surtout moins basse… ! Je crois que je vais finir par passer pour un véritable rabat-joie…
- Deux oreilles tout de même ! Et tour de piste pour ce toro…
- Ben oui…Tu as vu, Ponce avait brindé ce toro à l’éleveur du fer de « Zalduendo » Fernando Domecq. J’ose espérer que ce n’était pas pour le féliciter de la présentation de ce lot…
- Morante n’a pas l’air de vouloir de ce sixième toro…
- Je crois surtout que ce toro ne veut pas de lui non plus… Décasté, sans allant et d’une fadeur désolante …Ce n’est pas du Domecq mais du Domenech… !
- Je ne comprends pas pourquoi le président refuse cette fois-ci la deuxième oreille au Fandi ! Il a pourtant été « Fenomenal » !
- Il refuse l’oreille parce qu’il en a parfaitement le droit…
- Et toi et tes amis, vous l’applaudissez !?
- Oui, car on pense qu’il a absolument raison !
-Vaya Frances ! Il a rendu les gens heureux et ici c’est tout ce qui compte… Huitième et dernier toro, il faut que Cayetano coupe ! C’est bien parti avec la cape et quel superbe quite !
- Magnifique et engagé ! Ce toro semble en tout cas un adversaire avec plus de caractère que les autres, il aurait même pu et du prendre une deuxième petite pique… Cayetano va peut-être le regretter…
- Il a bien failli se faire attraper !
- En se découvrant, il a commis une erreur. En tout cas, il se croise pour dominer ce toro qui a du « genio » et est du genre compliqué. Enfin du combat et de l’émotion ! Bien torero et oreille méritée…
- Certains demandent même la deuxième oreille !
- Oui, il ne faut pas exagérer tout de même, mais tu l’as bien demandé toi-même pour El Fandi au toro précédent…
- Bien répondu ! Hasta luego amigo !
- Merci de ton formidable accueil l’ami et viva les Fiestas Taurinas de Leon !!!
El Claudio