EDITO de Item 299 par El Claudio
De tout et même de rien…
À l’aube de cette nouvelle temporada et après l’annonce des cartels des ferias printanières espagnoles, on ne remarque rien de très original dans la programmation des principales arènes. Des cartels que l’on connaît déjà par cœur et une hiérarchie qui semble un peu figée en attendant la venue de nouveaux espoirs ou d’une grande révélation que même une plaza comme Madrid semble ne plus pouvoir apporter.
Il existe pourtant de réels talents qui ne demandent qu’à éclore, mais ces toreros ambitieux, malheureusement peu cotés auprès des empresas, semblent barrés par le système pour arriver au plus haut niveau, ou relégués à contre-emploi dans des corridas dures ou devant du bétail de peu de garantie…
A signaler comme chaque année le retour de glorieux anciens comme El Tato, Victor Puerto et même Jesulin de Ubrique…Je ne sais qu’en penser, mais si Jose Tomas torée plus souvent cette année, cela fera au moins des toreros pour passer avant lui !
Un constat plutôt amer, mais avec l’espoir que la France devienne un exemple et un phare pour redonner une attractivité et un dynamisme qui manquent à mes yeux. Des trois novilleros français annoncés à Seville, à la présentation à Madrid de la ganaderia de « Virgen Maria », jusqu’au niveau d’excellence reconnu des banderillos et picadors de notre pays sans oublier la reconnaissance des cuadrillas de chevaux « made in France », le spectacle taurin semble trouver par chez nous une assise solide et une légitimité que je trouve rassurante… !
La qualité de l’aficion est palpable en beaucoup d’arènes, et reconnue par de nombreux professionnels taurins que l’on soit dans le créneau toristas ou toreristas. Une distinction d’ailleurs, qui n’a pas vraiment de sens à mes yeux, n’étant pas du genre à me laisser enfermer dans des chapelles et sachant prendre du plaisir en toutes choses, une certaine expérience en aficion m’ayant appris à ne jamais être dupe et à savoir faire la part des choses en quelque lieu que ce soit… Et puis j’ai d’excellents amis des deux bords et je me régale de leurs joutes verbales sans fin !
On peut parfaitement admirer et encenser des grands toreros quand ils affrontent et triomphent à Madrid ou à Bilbao de toros de respect et se sentir cocufié quand on les retrouve en d’autres arènes devant du bétail « arrangé » pour ne pas dire plus, triomphant d’un public béotien par des effets faciles…Dans tout, il y a du bon et du mauvais. Certains préféreront toujours Vic plutôt que Nîmes, mais peut-être avons-nous besoin des deux comme vitrine du toreo moderne… ?
Alors qu’attendre de cette nouvelle saison ? « On fait avec ce qu’on a ! » comme a dit un célèbre organisateur gardois que je ne nommerai pas…Mais l’important, c’est surtout d’éviter de continuer à perdre ce que l’on avait et qui disparaît lentement. On ne reverra plus les toros d’Atanasio Fernandez, les Coquilla ou les Hernandez Pla et c’est une peine car tout commence par là. Cette variété des encastes qui disparaît est un drame et même au nom d’une réalité économique que je ne conteste pas, on perd là le cœur de ce qui fait l’aficion. La perspective d’un campo entièrement « Domecquisé » recouvert des si laides « fundas » est un cauchemar…Le ver est dans le fruit !
Le toreo d’aujourd’hui, si brillant parfois dans son interprétation, trouvera du relief dans l’intégrité et la bravoure d’un adversaire pas seulement là pour « servir ». C’est un équilibre difficile à trouver et la corrida moderne atteint là peut-être une de ses limites…
L’ennui vient de l’uniformité, alors sachons cultiver nos différences.
« Aficionado lève toi ! » Et pas seulement pour demander les oreilles…
El Claudio