EDITO DE ANGEL

SANCHEZ FABRES

C’est avec un grand dépit que j’ai appris que la ganaderia de Sánchez Fabrés risquait de disparaître. Rappelons que cette ganaderia fut fondée en 1934 par le rachat du troupeau de don Francisco Coquilla qui résultait du croisement harmonieux de vaches et de sementales de Santa Coloma et d’Albaserrada. Or seuls deux élevages élèvent encore actuellement le toro de Coquilla : celui qui nous préoccupe, et celui de son cousin Javier Sánchez Arjona. C’est dire que c’est un nouveau coup dur pour la race brave. L’hégémonie du mono-encaste va la tuer. La lassitude de l’aficionado devant la monotonie du spectacle qu’on lui propose finira aussi par tuer le spectacle lui-même. Car la diversité est essentielle à la vie.

Et pourtant, qu’il est beau le toro de Coquilla ! C’est un toro très fin, avec un beau morrillo mais peu de fanon, une culotte harmonieuse, et des armures peu développées mais bien dirigées vers l’avant. La plupart sont noirs, mais on peut rencontrer des cárdenos oscuros (gris foncés) et même quelques castaños. Les particularités de robe se limitent aux taches blanches sur le front (lucero, estrellado, facado) ou sur le corps (girón).

Cynique effet du hasard, je raconte l’histoire de cet encaste dans le numéro de Toromag qui va sortir ces jours-ci. Je raconte notamment comment la mode du gros toro aboutit lors de la San Isidro 1978 au rejet intégral de la corrida de Sánchez Fabrés pour « manque de trapío » et comment quinze ans plus tard les vétérinaires de Salamanque refusèrent à leur tour six toros bien faits, musclés et astifinos, dans le type classique de leur encaste.

Il y a longtemps que Juan Sánchez Fabrés avait prévenu : « ce toro a peu de contenant pour beaucoup de contenu, ce qui ne plait à personne, ni aux vétérinaires ou à certains critiques à cause du manque de contenant, ni aux toreros à cause de l’excès de contenu… ». Il a tenu bon le plus longtemps qu’il a pu. La désaffection du public pour le vrai combat a eu raison du reste de ses illusions.

Qu’il sache que c’est avec une grande nostalgie que je regarderai désormais en vain par derrière les murets de pierre qui bordent la route de Las Veguillas.

Après Atanasio Fernandez, c’est un autre élevage légendaire du Campo Charro qui est rayé de la carte.

ANGEL