EDITO DEL CLAUDIO – item 288


Retour vers le futur…

Au bilan final d’une temporada qui peut laisser quelques inquiétudes et interrogations sur son état de santé, il est toujours bon de se projeter vers l’avenir à travers les novilladas piquées données au cours de cette saison, base essentielle de l’aficion et surtout garante de l’existence de nombres de petites arènes. Il faut bien reconnaître qu’il n’est pas sorti grande révélation de l’escalafon novilleril cette année…
Je ne sais si c’est à cause des écoles taurines, mais l’on voit le plus souvent des novilleros au toréo formaté et sans grande personnalité. Je n’ose croire qu’être torero est aujourd’hui devenu un jeu ou un simple passe-temps…Loin le temps des « morts de faim » qui se gagnaient leur prochaine course en jouant leur vie à chaque toro.
C’est certain que l’on a jamais aussi bien toréé qu’en ce moment et que l’exigence du public a changé et pas forcément dans le bon sens…On veut des tonnes de passes et des faenas à rallonge et peu importe le pouvoir et la domination sur l’animal ! Trop de forme et peu de fond…
Je suis assez surpris de voir le répertoire des novilleros actuels. Ils savent tout faire ou presque et rien ne semble manquer à leur bagage technique. Mais leur principale préoccupation est le plus souvent de nous servir toutes les « suertes » apprises sans tenir aucunement compte de l’adversaire en présence… Et ce qui me gêne, c’est de les voir en permanence téléguidé depuis le callejon, où on leur dicte carrément tout ce qu’ils doivent faire, depuis la « puerta gayola » jusqu’aux « manoletinas » finales et il faut voir ces garçons qui tournent constamment leur tête vers leur entourage pour ne rien rater de leur recommandations. Pas très spontané tout cela…
Il n’existe plus vraiment de compétition, comme on en a connu à une époque pas si lointaine, et chacun reste un peu dans son coin…Même les succès d’aujourd’hui semblent laisser certains de ces jeunes gens indifférents. On voit des vueltas, trophées en main, avec des novilleros qui font même la gueule, l’air blasé et faussement hautain, comme si tout était du domaine du normal ! Peut-être est-ce pour copier certaines des « figuras » de l’escalafon supérieur… ?
Sans retirer de mérite à ces jeunes « espoirs », on a surtout vanté la qualité de certains lots de novillos en cette année 2009, où la crise du bétail s’est moins faite sentir à ce niveau. Le créneau « torista » prôné par certaines arènes s’est heurté à la difficulté de trouver des novilleros suffisamment aguerris et « lidiadors » pour mettre en valeur les toros, un problème récurent et très frustrant….
Aucune affiche de novilleros aujourd’hui est réellement capable de faire venir les aficionados de loin et de créer l’événement. Le chiffre des novilladas a d’ailleurs chuté spectaculairement en Espagne et il faut rendre hommage à la France de continuer à promouvoir ce spectacle taurin qui attire toujours dans nos arènes un public assez nombreux. Le niveau des novilleros français a été d’ailleurs plutôt bon cette saison, et a certainement motivé les aficionados à venir les voir. Thomas Joubert, Patrick Oliver, Thomas Dufau et d’autres ont montré cette année leur qualité et de belles promesses pour l’avenir. Mais le chemin est encore long, et j’ai parfois l’impression, à travers les commentaires et analyses de la presse taurine, que l’on encense un peu trop vite ces jeunes toreros et qu’à vouloir trop encourager, on en finit même par mentir…
L’évolution du toréo et la facilité des grands toreros actuels à « répéter » des faenas d’un niveau artistique très élevé a sans doute poussé vers les arènes un public plus facile et moins connaisseur de l’essence originelle de la corrida. Ce manque d’exigence se ressent aussi au niveau inférieur où l’on tend à imiter cette tauromachie parfois plus superficielle et quantitative qu’autre chose. La novillada y a peut-être gagné en profusion, mais perdu son engagement et aussi fraîcheur et passion… Il est même navrant de voir les palmarès de fin des saisons dont certains lauréats ne le sont que par défaut, sans triomphes évidents et incontestables et où l’on proclame « grands espoirs 2010 », les moins médiocres plutôt que de s’en tenir à un simple constat, aussi décevant soit-il…
Mais malgré tout, j’ai vu cette année un jeune torero plein d’envie et de spontanéité, et qui possède en lui « la toreria », ce don unique qui vous accroche.... Il s’appelle Juan del Alamo, et de grâce, laissons lui du temps...