Edito del Claudio ITAM 250
Torero d’époque
C’est sans surprise et à la quasi-unanimité des
observateurs et de la presse taurine en général que
Miguel Angel Perera a été sacré grand triomphateur
de cette temporada.
D’Olivenza en mars jusqu’à son solo madrilène
de la feria d’automne le jeune torero d’Extremadure a
empilé les oreilles et les sorties « a hombros »,
avec une constance digne d’éloge. Présent dans
toutes les grandes ferias et confronté aux ténors de
l’escalafon, il n’a jamais rien lâché et son
toreo dominateur a pesé sur les toros et…le public !
Seul l’atypique Jose Tomas a pu, essentiellement par ses deux
courses à Madrid, semer le doute sur la valeur du torero de
Badajoz, mais les points de comparaison ont plutôt
été en faveur de Perera, à la tauromachie plus
profonde et plus templé, notamment à la cape.
À l’aise à la grande distance, sachant montrer son
toro, et également enchaîner de près grâce
à un jeu de bras et une ceinture de virtuose, son toreo a
laissé apparaître une aisance et un sitio que rien
n’a entamé. Si l’on veut jouer au jeu des
comparaisons, son toreo est très proche de celui de Sebastien
Castella. Les terrains compromis dans lesquels le torero
français a affirmé son pouvoir, son immobilité et
sa technique à la muleta ont été copiées
par Perera et portées à un niveau d’excellence.
Sans vouloir être rabat-joie et surtout sans minimiser les
mérites de ce maestro, je dois reconnaître qu’il
m’a pourtant rarement emballé, sa tauromachie lisse et
sans grande personnalité m’ayant rarement fait lever de ma
place…
Physique avantageux et belle gueule plaisant aux dames, ce jeune homme
dégage pourtant une certaine froideur un peu hautaine en piste
et la façon dédaigneuse dont il traite sa cuadrilla
m’a souvent gênée.
Brillant élève et très appliqué, son toreo
manque un peu de folie et de sensibilité. Dominateur, j’en
conviens, mais guère inspiré… Son succès en
cette année a surtout été porté par un
courage froid et souverain qui lui a servi à élever son
toreo dans les moments cruciaux comme à Madrid en octobre,
où dans des conditions difficiles et au prix de graves blessures
il a impressionné tous les aficionados, obtenant ce jour
là un respect total.
L’épisode tellement discuté de l’indulto
dacquois dont Perera fut le protagoniste volontaire, restera un des
hauts faits de sa saison en France. Pas présent à Dax ce
jour-là, il me sera peut-être reproché par certains
de donner mon avis, mais je crois qu’avec raison gardée,
Perera aurait surtout mérité de couper la queue à
ce toro et reste malgré tout coupable de ne pas avoir
obéi aux injonctions de la présidence et de ne pas avoir
levé son épée…
Encore très jeune, Miguel Angel Perera va devoir gérer
maintenant cette saison triomphale et rester attractif aux yeux des
aficionados. En position de force pour aborder la prochaine temporada
et pierre d’angle de toutes les grandes ferias, il lui reste
à singulariser son toreo et à s’ouvrir au public en
sortant de cette austérité parfois
affectée… S’il y parvient, il deviendra un grand
nom et un torero d’époque.