Edito del Claudio  itam 242


L’art retrouvé

Privé malgré moi des ferias de notre sud-ouest cet été, je n’ai vécu la temporada ces dernières semaines que par le (trop !) petit écran de mon ordinateur portable pour suivre les quelques spectacles que les chaînes espagnoles veuillent bien diffuser sur le net, notamment « Andalucia ».

Si l’on veut bien ignorer les propos indigents et horripilants du trio de commentateurs, dont le fameux Ruiz Miguel, figura du toreo, mais pas du micro ! et la réalisation qui frise l’amateurisme, il est possible, avec un certain masochisme, de trouver là quelques modestes satisfactions…

Je vous plante le décor : une petite arène noyée de brume et de pluie dans un pueblo perdu dans une sierra montagneuse : Villaluenga del Rosario pour cette « corrida del arte » avec Julio Aparicio et Morante de la Puebla. Les deux toreros avaient pour l’occasion laissé les ors pour revêtir le costume des artistes, broderies noires et « azabache ».

Dans ma mémoire d’aficionado, Julito Aparicio a toujours eu une place à part, celle d’un torero dont rien ne laisse indifférent, dont l’art vous imprime la rétine d’une flamme jamais éteinte. Celui qui en vingt muletazos a retourné Madrid et fait pleurer le maestro Antonete d’émotion a connu une carrière faite de hauts mais aussi de beaucoup de bas. Caractérielle et sensible, sa tauromachie est marquée d’une personnalité peu commune qui passe de l’angélique au démoniaque sans aucune mesure…

De ce mano à mano télévisé, on oubliera la présentation des toritos de Nuñez del Cuvillo, très limites en trapio et aux cornes suspectes, mais dont la noblesse idéale servira l’art…

Inspiré comme à ses plus belles heures, Aparicio a marqué cette course de sa classe et a largement dominé le Morante, dont le toreo agité et crispé en ce jour a semblé bien terne.

La gestuelle de Julito semble animée par une colère intérieure qui frise même parfois l’hystérie et dont le caractère donne à chaque passe une plastique superbe. Un certain manque de courage où de confiance lui fait parfois rectifier sa position à son avantage mais il m’a arraché les Olé de la gorge ! Inégales et inconstantes, à l’image de l’homme, ses trois faenas m’ont étonné et séduit malgré quelques défauts comme du toréo à genoux d’un goût douteux laissant apparaître une vulgarité inutile mais efficace aux yeux d’un public festif… Heureux de toréer et le regard toujours aussi allumé, Julio Aparicio a décliné un toreo de grande valeur, profond et rempli d’ornements marqués de son indéniable charisme, génial !

Sérieusement blessé à Las Ventas en début de saison, ce toréro atypique a retrouvé tous ses moyens et son toréo marque vraiment la différence avec ses compagnons. Puisse-il pouvoir s’exprimer à nouveau dans les arènes importantes où l’on ne peut attendre de lui la régularité qui sied aux figuras mais l’arôme essentiel de l’émotion artistique.

Le toréo formaté que l’on voit le plus souvent aujourd’hui, servi par des toreros marathoniens qui vont aux arènes comme à l’usine, a parfois un goût de lassitude. Des tonnes de passes et des faenas kilométriques comme un doux ronronnement…

Et si le salut venait des artistes ? L’indispensable exception…


Edito d’Angel itam 242


Il s’est passé de drôles de choses dans les ruedos ce week-end ! Je ne reviendrai pas sur l’indulto Dacquois dans la mesure où je n’y étais pas et il ne saurait donc être question de relativiser ici l’émotion ressentie par mes amis qui eux y étaient et qui ont tenu à me la faire partager en direct par téléphone, même si j’imagine facilement le dilemme qui a dû se poser au président Jean-Jacques Pons pour qui, je le sais, un toro devrait être gracié avant tout pour sa bravoure, et non pour sa seule noblesse. Je dirai seulement que dimanche dernier à Bayonne, Perera avait déjà été si sensationnel que tous mes voisins de callejón, dont notre Julien Lescarret, voyaient à coup sûr en lui La Figura de la décennie à venir, le « nouveau Ponce » en quelque sorte, mais avec bien sûr sa personnalité propre. Son triomphe samedi lors de la Goyesca de Ronda confirma qu’il est dans un grand moment et cet indulto dimanche va encore faire monter ses actions avant ses deux solos consécutifs à Madrid et à Zafra. Enhorabuena Maestro !

Mais pendant ce temps, il s’est passé de drôles de choses dans les ruedos ce week-end ! Samedi, à Villaluenga del Rosario, sous une pluie battante (décidément l’Andalousie…), et devant les caméras de Canal Andalucia, Julio Aparicio remplaçait Espartaco qui s’était luxé un pouce, dans un mano a mano avec Morante. Soudain ses zapatillas restèrent plantées dans le sable boueux tandis qu’il reculait et il chuta sur le dos. C’est dans cette position qu’il donna quatre passes de muleta, je dis bien quatre passes de muleta, bras tendu vers la tête du toro pour en dévier sa charge et éviter la cornada. « Muy personal, muy torero », comme a dit Enrique Romero !

Dimanche, à Ronda, Diego Ventura s’est produit seul face à six toros de Benitez Cubero. En fait, face à sept, car il a offert le sobrero en cadeau. Résultat : douze oreilles et une queue…

Hélas, le succès n’est pas le lot de tous. Prenez le novillero Valentin Mingo, à Las Ventas dimanche. A son premier de Moreno Silva, il entend sonner les trois avis. Puis ses deux compañeros, le français Camille Juan et le colombien Muñoz Moreno, le quittent pour rejoindre l’infirmerie et il doit estoquer celui de Juan et toréer les trois derniers novillos : incapable de mettre à mort son premier adversaire, il aura dû en tuer quatre par la suite…Le public a tenu à le récompenser, en lui donnant l’oreille du sixième, au titre de ses loyaux services…

Mais c’est à Calatayud qu’il s’est passé la chose la plus drôle, du moins la plus invraisemblable lors de la corrida retransmise par Télé Aragón. Pendant que Serranito essayait de cadrer le cinquième toro d’Atanasio Fernandez, un manso perdido collé aux planches depuis la sortie du cheval, et qui avait même été banderillé depuis un burladero –ce qui n’est déjà pas banal – avant de se défendre sur place par de violents coups de tête, voilà que le sobrero, après avoir défoncé la porte de son chiquero, a pulvérisé celle du toril, faisant irruption dans le callejón et semant une panique indescriptible, puis sortant dans le ruedo pour y attaquer le toro présent…Grâce à Dieu, ou à qui vous voulez, il n’y eut pas de blessés, et les cabestros finirent par emmener avec eux vers les corrals les…deux toros, évitant ainsi à Serranito de se faire encorner par l’infâme manso !

Décidément, il s’est passé de drôles de choses dans les ruedos ce week-end !

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