Edito de Ángel Itam 235, 10 juin 08




En trois tardes consécutives, la feria del Anniversario a fait oublier les 23 jours de quasi-aburrimiento de la San Isidro, la nullité totale de la feria de Abril, et tant d’autres déceptions. De ces trois tardes, nous eûmes le bonheur d’en voir deux à la télévision, et, avec un peu de de recherche et de patience, il est possible de reconstituer l’essentiel de la troisième grâce à la « toile » (un peu de youtube, de dailymotion et de burladero) et aux magazines des diverses télévisions espagnoles. Je ne reviendrai pas sur les performances exceptionnelles des toreros, sauf pour dire que Miguel Angel Perrera a gagné là définitivement ses galons de figura que certains (dont j’avoue avoir fait partie) hésitaient encore à lui décerner et que c’est le toreo de cape de Morante à son second toro qui repasse le plus souvent sur mon magnétoscope. Mais libre à chacun d’avoir d’autres choix, et il est naturellement inutile d’essayer de détailler tous ces chefs d’œuvre éphémères.

En revanche, je souhaiterais ici mettre en avant ceux sans qui de telles tardes ne pourraient être et qui sont parfois un peu vite oubliés par les revisteros : les toros. Fait remarquable en ces lieux, il n’y eut qu’un seul changement (pour faiblesse) en trois jours et ce sont donc seulement 11 Núñez del Cuvillo et 7 Victoriano del Río qui foulèrent le sable de Las Ventas. J’ai suffisamment par le passé été sévère avec les premiers, notamment lorsqu’il y a tout juste un an j’avais dénigré le choix de cette ganadería lors du retour de José Tomás à Barcelone, pour ne pas encenser aujourd’hui le jeu, la noblesse et la bravoure d’au moins cinq d’entre eux. Bien sûr fallait-il que Berlanguillo, n°101, castaño bocidorado de 541 kilos, cet immense quinto de vendredi, tombe sur un Perrera en état de grâce pour arriver à l’apothéose vécue, mais rien ne dit que le Cid et, pourquoi pas, Talavante n’en auraient pas aussi tiré parti. Et aurait-on pu voir ce bouquet enivrant de véroniques de Morante mercredi sans la charge rectiligne, franche et majestueuse de Panadero, n°64, magnifique negro de 526 kilos ? Alvaró Núñez Benjumea semblait en transes à la sortie de sa seconde course. On peut le comprendre, tant ses pupilles avaient montré de qualités, car il ne faut surtout pas omettre leur prestation à la pique où la plupart subirent deux rencontres appuyées sans rechigner, en mettant les reins pour plusieurs d’entre eux. Notons à l’occasion que les piqueros ne sont jamais meilleurs que quand il y a des toros, ce qui leur permit de sortir le plus souvent sous les applaudissements.

Quant aux ex-Jandilla de Victoriano del Río, le sobrero du mercredi nous avait déjà mis l’eau à la bouche. Ce Celoso, un châtain foncé de 530 kilos, était à mon avis resté bien au dessus de son torero. Il avait aussi permis à Morante un quite qui força Cayetano à sortir de sa léthargie et à montrer que ce qui m’avait enchanté à Jerez le printemps passé n’était pas qu’un effet des « voluptés andalouses »…Que Cayetano fasse preuve de plus de volonté, de constance et d’envie, et il peut à l’évidence rejoindre les meilleurs. Mais revenons à nos toros. Je n’ai vu naturellement, et encore seulement par bribes, que les deux de José Tomás, Dakar et Comunero, deux negros de même trapío et de poids très proches bien que le second ait eu 16 mois de plus. Un peu moins bien présentés m’a-t-il semblé que les Nuñez, ils n’en ont pas moins été des toros « sérieux », « importants », et ils ne peuvent être dissociés du triomphe absolu du maestro. Ils me semblent revenus à leur meilleur niveau, celui du début des années 90 quand Rincón les avait imposés partout. On osait l’espérer depuis un autre fameux sobrero, toréé par Castella à Dax en 2006. On en a eu l’éclatante confirmation ce jeudi. Nobles comme il faut, mais sans bonté, sans mièvrerie aucune, leur tempérament ne supportait ni l’à peu près ni l’inexpérience. Conde et Luque l’ont d’ailleurs appris à leurs dépends…

Ouf, il y a encore des toros. Nous sommes sauvés.