Edito del Claudio Itam 232 – 20 mai 08
Vous avez dit Gala ?
Pour cette feria 2008, les arènes de Nîmes avaient
proposé aux aficionados une corrida dite de « gala »
dont les tarifs avaient été majorés pour pouvoir
mettre au cartel le maestro « hors norme » (mais surtout
hors de prix !) Jose Tomas, Sebastien Castella et le très
coûteux… Javier Conde devant les fameux toros de
Garcigrande, élevage favori des figuras… et des empresas
(ça ne doit quand même pas coûter trop cher). Bref,
Simon Casas, le dernier romantique du mundillo (c’est lui qui le
dit) avait déjà donné la couleur de cette course
en annonçant un déficit record (pour cette corrida, pas
pour les autres !) mais avait préféré laisser
parler son cœur… Le diestro de Galapagar ayant
été blessé à Jerez, El Juli a pris sa place
(ce n’était pas pour me déplaire), mais je ne pense
pas que Casas lui ait donné le salaire de Tomas et donc
…du bénéfice !
Si certaines empresas acceptent de payer Jose Tomas aussi cher pour
toréer ce genre de toros, c’est de l’arnaque pure et
simple. Le lot présent sur le sable nîmois était
pauvre de présentation et d’armures, d’une noblesse
sans malice et de forces très limitées (des simulacres de
piques). Si on est aveugle et naïf à la fois, on peut
s’extasier sur le résultat de cette course : huit oreilles
et une queue et la vuelta au sixième ! Ensuite, on peut avoir
deux attitudes quand on s’assoit sur les gradins : prendre un
simple plaisir à voir du beau toreo, sans aucun état
d’âme, dans le plus pur esprit toreristas, le toro
n’étant qu’un faire-valoir au service d’un
esprit triomphaliste, ou ruminer sa rancœur sur cette
décadence de la fiesta qui vous vend comme
l’événement de l’année une aimable
mascarade…
Pour ma part, j’ai concilié les deux états
d’esprit, en passant un excellent moment, mais sans être
dupe…
Un ange est passé, Sébastien Castella, qui a
marqué cette course et toute la feria de l’empreinte de sa
personnalité et d’une maestria hallucinante. Il a
noué au dernier un dialogue intime qui a subjugué toro et
public, la grande classe. Le torito était idéal certes,
mais il a prouvé par la suite que peu importaient les
adversaires, cette feria était la sienne.
Le Juli a triomphé également, mais complètement
dans un autre style. Celui du prof qui vous montre et démontre
qu’un toro faible et durement protesté par toute une
arène n’est pas une occasion perdue ! La muleta magique
qui tire et remonte l’animal du fond du puits…et
transforme le plomb en or.
Et puis Javier Conde…Déjà au paseo, dix
mètres derrière ses compagnons, l’air absent. Un
quatrième toro qui mettait bien la tête et une faena
pleine de génialités noyées dans un flot
d’indécision. Des enchaînements baroques, à
la limite du ridicule, mais c’est peut-être cela,
l’art…Dans le contexte particulier de cette course, cela
m’a beaucoup plu ! L’arène était largement
divisée, entre sifflets et ovations, et Conde a mis le feu, a
donné une animation passionnée à cette
corrida…
Des autres spectacles que j’ai vu pendant cette féria,
plusieurs souvenirs très forts : une grande faena classique de
Miguel Angel Perera, superbe à la longue distance avec un temple
fabuleux. Un grand Curro Molina, parfait aux banderilles et dans la
brega au service de son maestro Castella. « Camarero »,
toro de Juan Pedro Domecq, brave au cheval, d’une fixité
et d’un allant incroyable dans les leurres. Mais surtout un grand
monsieur du toreo, figura incontestable et magnifique, une nouvelle
fois devant un énorme toro de Miura toréé
parfaitement, Jose Pedro Prados « El Fundi ». Il
méritait amplement les 2 oreilles sur ce toro, mais à
Nimes, ce jour-là n’était plus jour de gala…
Tous les aficionados rencontrés ont reconnu que le lot
d’El Pilar fut le meilleur de la feria, des toros sérieux,
compliqués, mais avec de la caste et très
intéressants. Jimenez, Tejela et Castella furent dignes et
à la hauteur de l’attente, mais celle-là, je
n’ai pas été la voir ! un bien mauvais choix…