Les cloches de Pâques


L’attrait majeur de la corrida du dimanche de Pâques à Aignan était la présentation en France des toros de « Rehuelga », une part de l’élevage Buendia d’origine Santa Coloma, cet encaste dont j’avais pu apprécier à diverses reprises le jeu. De nombreux aficionados amoureux du « toro de combat » étaient sur les gradins pour ce cartel très attrayant pour le moins…

Les six exemplaires sortis en cet après-midi froid et venteux furent très disparates de types, certains « bastos », bas et trop lourds, d’autres plus légers et fins de lignes voire franchement « anovillados » et seule la couleur grise de leur robe trahissait leur origine. Quant aux pointes, enfin ce qu’il en restait, ce fut un scandale ! On se serait cru dans un festival ou une course de rejon, et encore ! Certaines armures étaient carrément raccourcies, sans les pointes, des moignons en guise de corne… Un journaliste d’un quotidien local a osé le lendemain qualifier deux exemplaires d’astifino ! je rêve… Corrida annoncée par les organisateurs pour « toristas » !

Onze piques prises par ce lot, et un fond de bravoure exprimé pour certains exemplaires, mais une lidia approximative le plus souvent et des mises en suerte bâclées, rendant peu lisible le tercio de varas. Des animaux montrant ensuite peu de race et de force et d’une noblesse tournant à la fadeur. Mais il y en a qui aiment… Ce que certains appellent des toros maniables !

Javier Valverde est très aimé ici et a été généreusement récompensé. Son premier était trop gras et sans aucune force. Faena sans intérêt et souvent profilée avant épée entière mais basse…Oreille de plage, même à Aignan ! Son second, un cardeno claro de beau trapio fit illusion sous la pique et fut de bonne noblesse mais sans humilier, passant la tête haute et assez distrait. Le Salmantin le toréa de façon superficielle, sur le passage, sans trop s’engager… Par contre, l’estocade fut bien portée et une autre oreille fut attribuée, sûrement pour l’épée.

Sergio Aguilar fut en premier lieu gêné par le vent, qui soufflait très fort, et subit un sérieux accrochage lors d’un quite à la cape, découvert par une mauvaise rafale. Quelques beaux gestes sans pouvoir vraiment lier sur un adversaire noble mais fade. Le cinquième était le plus typé Santa Coloma et aussi le plus « normalement » armé. Très mal lidié, le toro naviguait des capes au cheval sans jamais avoir été fixé, Aguilar n’en trouva jamais la solution, laissant son toro aller en querencia sans chercher à en tirer parti. Une épée chanceuse à la volée sous les sifflets du conclave…

Luis Bolivar n’a pas voulu s’approcher du troisième qui ne l’inspirait guère, prétextant un défaut de vue. Sorti de plus amoindri après un choc au burladero, ce toro protesté ne fut pas changé et le colombien ne lui donna ensuite qu’une séance de « pico » longuette et extrêmement pesante. L’ultime exemplaire était « limite » de présence mais son allant motiva le torero qui s’engagea à la cape, enfin ! Épargné au cheval, ce toro suiveur mais soso permit à Bolivar une faena kilométrique sans grande émotion. Le public transi et impatient ne demandait qu’à s’enthousiasmer et le torero s’appliqua à connecter avec lui. Une estocade engagée avec accrochage et deux oreilles pour finir une course dont le résultat en trompe l’œil sera cependant à vite oublier.


Rendez-vous le lendemain aux arènes de Condrette à Mugron, longtemps place forte de la novillada mais qui semble aujourd’hui avoir perdu son identité et son sérieux.

Comment oser présenter un lot de novillos aussi indigent, sans aucun trapio et dont certains exemplaires auraient pu sortir en non-piquée… Le choix d’une ganaderia de garantie que ces Guadalest venant de Huelva… ? Comme l’a dit justement un ami aficionado, faut-il vraiment aller aussi loin pour chercher ce lot alors qu’en France, des élevages sont susceptibles de fournir largement aussi bien, ne serait ce qu’au niveau présentation ?

Un seul novillo, le sixième, était « fait » et semblait le double en volume des autres, les cinq premiers étaient vraiment « bonitos » et trop juste en tout… Et pour leur jeu, ce fut pire encore, faibles, aux demi charges décomposées et totalement décastés…Pouah !

Dans ce contexte, il n’y a pas grand-chose à dire et écrire sur les trois « espoirs » du jour. Thomas Dufau fut sobre et appliqué mais tua fatal…Juan Del Alamo fut vaillant, généreux mais agité et brouillon et finalement à la merci de ses deux adversaires. Quant au débutant David Galvan, volontaire et élégant mais encore très « vert » on attendra de le revoir dans d’autres circonstances.

Fracaso ganadera en ce week-end pascal donc et l’on peut toujours prétexter une maladie, un hiver rigoureux et les inondations en Espagne pour justifier telle faiblesse et comportement du bétail. Je suis prêt à tout entendre et tout admettre s’il le faut mais niveau présentation, il y a eu vraiment beaucoup trop à redire sur ces deux jours et cela est inacceptable. Ce n’est pas parce qu’on est à Pâques qu’il faut prendre les aficionados pour des cloches… !!



El Claudio