Toros de France
En arrivant à Arles pour cette feria du riz 2010, j’ai bifurqué sur Gimeaux pour aller voir les lots proposés aux corrales de l’espace toro. En faisant le tour des cours, je fus surpris de ne pas voir dans celui de la corrida concours d’élevages français l’exemplaire du fer de Robert Margé. Seulement cinq toros et seulement cinq panneaux avec les fers des élevages accrochés au mur.
Avait-il été isolé ou était-il même encore dans sa finca, au domaine des Monteilles, je ne sais, mais ce toro nommé « Bourgogne » m’a ensuite trotté dans la tête jusqu'à sa sortie du toril…J’avais déjà remarqué sur les photos des six toros placardées à profusion dans le centre-ville qu’il était le seul à arborer les sinistres fundas et pour moi, cela gâchait un peu cette affiche…
En attendant le paseo et en discutant avec mes compagnons de tendidos, ce toro était, si l’on peut dire, le favori des parieurs, les lots de ce fer sortis cette année à Palavas et Beziers ayant fait impression sur les aficionados locaux qui comptaient sur lui.
Ce toraco de 610 kg au gabarit impressionnant et aux cornes relevées sortit au pas comme un corralero et son comportement fut au premier tercio un peu déroutant, meuglant, reniflant et grattant le sol sous le regard des hommes qui tardèrent à l’intéresser au jeu des capes. Le torero mexicain Israel Tellez semblait même un peu inhibé et méfiant quant à ses réactions.
Le grand moment de la lidia de cet animal fut le tercio de piques orchestré par Gabin Rehabi, monté sur le formidable cheval « Lancelot ». Ce jeune picador a vraiment une haute idée de son métier et ses talents de cavalier et de lancier sont évidents. L’enfant du pays a instrumenté ce tercio de belle façon malgré un posé de la pique pas toujours à l’endroit idéal.
Ce toro dut être placé près de la ligne aux deux premières rencontres car il rechignait à démarrer malgré les sollicitations du picador, tout en continuant à gratter le sol. Le volume et la force de ce toro malmenèrent le cheval et son cavalier qui tinrent bon sous le choc, mais son comportement, sortant seul du caparaçon, confirmait sa mansedumbre malgré une caste certaine. Sur la troisième mise en suerte et devant le refus du toro à s’élancer, le piquero franchit la ligne réglementaire pour aller châtier ce manso, en dehors des règles certes, mais avec raison !
Le toro « remonta » ensuite aux banderilles et lors de la faena exprima sa caste, permettant à Tellez une faena sincère et sérieuse terminée par une estocade « sin puntilla » libérant la seule oreille de la course. Pour beaucoup d’aficionados, ce toro était pourtant à ce moment-là déjà hors-concours pour le prix, par son comportement au premier tercio et dans l’esprit habituel d’un concours d’élevage.
Et puis il était sorti en premier lieu un toro de Tardieu nommé « Calendal » de 515 kg avec du trapio et de la présence en piste, qui prit trois forts puyazos placés de plus en plus loin dans un excellent style et avec bravoure. Quel dommage que les piques n’aient pas été mieux dosés et que J.J Padilla n’ait pas voulu le remettre une nouvelle fois en place car je pense que ce toro pouvait charger la cavalerie à partir du centre… Cet exemplaire, brave à l’épreuve des piques et pourvu de noblesse, s’arrêta malheureusement assez vite au troisième tiers, sans doute marqué par ses trois fortes rations de fer et un tercio de banderilles interminable…
Les autres toros de cette course ayant plutôt déçu ( à part peut-être le Piedras Rojas, resté inédit car honteusement massacré à la pique…), le prix aurait dû logiquement rester « desierto », aucun animal n’ayant été vraiment complet, mais l’exemplaire de Tardieu avait sans conteste la meilleure note du jour, d’après le barème donné au public à l’entrée des arènes…!
Le jury, présidé par le vicois J.J Baylac, en a pourtant décidé autrement en récompensant le toro de Robert Margé… Un manso avec de la caste certes, mais un manso tout de même… La réaction d’une partie du public a été virulente avec moult sifflets et protestations. Il est vrai que le Margé est allé de menos a mas, au contraire du Tardieu, et que le jury a préféré sans doute celui qui permettait la faena de muleta à défaut de la bravoure à l’épreuve du cheval, celle qui normalement prévaut dans un concours d’élevages.
Cette orientation de l’esprit de la corrida-concours de la feria du riz restera t-elle un cas isolé ou une tendance qui se confirmera dans l’avenir ? La question reste posée et sera un excellent sujet pour alimenter nos discussions de passionnés !
Deux autres prix ont récompensé Gabin Rehabi et la cuadra de chevaux d’Alain Bonijol, et là il n’y a pas eu discussion…
El Claudio