peña angelina 2006 : fièvre catarrhale "langue bleue"©ANGEL

La langue bleue

  septembre 2006

 Après l’apparition de foyers de FIEVRE  CATARRHALE  OVINE  (Maladie de la Langue Bleue) dans le nord de la France, la situation de blocage des toros espagnols évoluera-t-elle ?

 

C’est la question que l’on peut se poser après les demandes faites auprès de l’AFSSA (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments) par les groupements de producteurs bovins des régions touchées par l’épizootie.

Ceux-ci réclament en effet des dérogations pour le transport des veaux de 8 jours vers les centres d’engraissement bretons d’une part, pour celui des broutards vers les centres de finition du Centre-Est d’autre part, et aussi  pour celui des bovins adultes « label rouge » qui doivent obligatoirement être abattus hors de leur région d’élevage. Ces dérogations seraient bien évidemment accompagnées de mesures de désinsectisation et de prophylaxie drastiques (calquées sur ce qui se fait en … Espagne).

Or l’AFSSA a déjà répondu favorablement pour les veaux, différant sa réponse de quelques semaines pour les autres catégories de bovins.

Si les dérogations sont accordées pour des dizaines de milliers de bovins domestiques devant se rendre pour plusieurs semaines dans des régions indemnes, on ne voit alors plus quelle raison pourrait empêcher que des dérogations identiques soient accordées à quelques dizaines de toros braves qui se font tuer dans les jours qui suivent leur arrivée dans nos arènes.

Le dossier reste dans les mains de Jean Grenet, Président de l’UVTF et député-maire de Bayonne. Espérons qu’il saura reprendre ces arguments devant le ministre et surtout les « sages » de l’AFSSA…

La prudence reste bien sûr de mise, mais un espoir vient de naître alors que la situation était totalement bloquée il y a peu, et laissait entrevoir l’impossibilité d’importer aucun toro espagnol en 2007 si la maladie apparaissait au Campo Charro.

 

ANGEL

   

La Fièvre Catarrhale, dite " Maladie de la langue Bleue "

Maladie virale du mouton et des autres ruminants, non contagieuse car transmise obligatoirement par un agent vecteur et se traduisant par un forme sub-clinique ou aiguë.

Agent de transmission :

le moustique fatidique clic!

Un Diptère proche du moustique de la famille des Culicoïdes (plus de 1000 espèces).

Le Diptère a une faible dispersion : 500m à 4 km, jusqu'à 100 km avec le vent.

Les œufs donnent des larves qui se développent en milieu aquatique salé : zones de marais.

Espèce concernées :

Le mouton principalement, car le seul malade, et tous les autres ruminants comme réservoirs.

Pendant l'hiver, un grand nombre d'animaux sont des hôtes porteurs sains (caprins, cervidés et bovins). Les bovins peuvent gardent le virus en moyenne une centaine de jours, mais cela peut aller jusqu'à un an en l'absence de moustiques, .

Agent infectieux :

Un Réovirus du genre Orbivirus. Il existe 24 sérotypes. Survit 30 jours chez le moustique.

Tableau clinique :

Incubation de 5 à 12 jours.

Fièvre, inflammation des muqueuses buccales donnant des hémorragies. Œdème et cyanose de la bouche et de la langue (d'où langue bleue).

Ulcères et nécrose de la peau, des lèvres et des naseaux.

Oedèmes caractéristiques des lèvres, des paupières et des oreilles.

Salivation et jetage nasal.

Boiterie car inflammation de la couronne et fourbure.

Prophylaxie médicale :

Vaccination soumise à autorisation après identification des sérotypes (de préférence en saison sans moustiques).

 Prophylaxie sanitaire :

Réglementation :

La maladie est inscrite sur la liste A de l'Office International des Epizooties (OIE), celle des maladies transmissibles à grand pouvoir de diffusion et gravité particulière avec incidence sur le commerce international. Voici la situation qui en découle au niveau de la Tauromachie :

  1. La législation sanitaire européenne prévoit une interdiction de sortie de tout ruminant de la zone administrative infectée pendant une période de 2 ans, sauf en direction directe d'un abattoir en interne (en Espagne), mais quelle que soit sa destination (élevage ou abattoir) en externe (export).

    Le gouvernement espagnol a aussitôt essayé de contourner la difficulté en demandant à l'Europe de considérer les arènes comme étant des abattoirs, pour permettre aux élevages situés en zone infectée d'aller lidier partout en Espagne (en préconisant toutefois de réduire le temps de présence des toros dans les corrales et après avoir pris des mesures drastiques de désinsectisation avant, pendant et après transport). Cela leur a été accordé le 15 décembre 04.
     
  2. D'où l'importance de la définition de la zone administrative. Actuellement il s'agit des Régions autonomes. Sont " fermées ", donc interdites à l'exportation, toute l'Andalousie et toute l'Extrémadure et divers cantons d'autres provinces. (En gros, 80 % des ganaderias...)Pour la circulation interne, c'est le gouvernement de la province du lieu de destination qui décide s'il autorise l'entrée des toros provenant de zones infectées sur son territoire.
     
  3. Il y a en outre une zone de sécurité d'où les sorties (internes ou externes) ne sont possibles qu'avec quarantaine et tests sérologiques. Cette zone de sécurité est actuellement considérée comme " libérée ", parce que c'est l'hiver et que les culicoïdes sont au repos.
     
  4. L'Espagne a dans le même temps autorisé le retour des sobreros et des toros indultés vers leur finca d'origine, avec un délai strict à respecter et sous condition de nouvelles mesures de désinsectisation.

Conclusion :
Pour l'exportation, seuls sont autorisés les toros provenant des zones non infectées, zones qui se réduisent à vue d'œil...

L'hypothèse d'une vaccination a souvent été évoquée. Il est vrai qu'un vaccin est en préparation. La difficulté réside surtout dans la multitude de sérotypes viraux. Il faudra ensuite qu'il réponde à toute une série d'essais préliminaires pour valider son efficacité. Après quoi, il faudra encore que l'Europe donne son autorisation. Il ne faut donc pas compter sur ce vaccin avant courant 2008.

La rigueur des mesures tient au double fait que, d'une part, les bovins, donc les toros, bien que n'étant jamais eux-mêmes malades, servent de réservoir au virus pendant plus de 100 jours et que, d'autre part, le moustique responsable de la transmission n'est plus détruit par l'hiver et remonte inlassablement vers le Nord (on en a recensé en Angleterre) du fait de la hausse des températures. (Rappelons que la température moyenne à Lyon actuellement est celle de Valencia il y a 40 ans...) On imagine aisément le danger pour la nombreuse population ovine de Camargue (rappelons que seuls les moutons développent la maladie) si un toro infecté venait séjourner dans les corrales d'Arles tandis que traîne par là un culicoïde... Bien sûr, à Floirac, c'est différent puisqu'il s'agit d'une arène urbaine, mais il n'y aura pas de mesures particulières ou au coup par coup.

L'incompréhension de ces mesures en France réside essentiellement dans le fait que la frontière est totalement fictive pour les insectes et qu'on ne voit pas pourquoi on interdit à Bayonne des toros acceptés à Saint Sébastien ou à Pampelune...

Post-scriptum :

 Le 29 mars 2006, Jean Grenet, député-maire de Bayonne et Président de l'UVTF, a été reçu par le ministre Dominique Bussereau afin d'envisager les solutions pouvant permettre de garantir tout autant l'avenir de la tauromachie en France et la sécurité du cheptel ovin français. Il a été décidé que les ministres de l'agriculture français et espagnol allaient se réunir prochainement avec leurs services spécialisés pour faire une évaluation des méthodes et des effets des mesures dérogatoires en vigueur en Espagne ainsi que des résultats de la vaccination bovine à grande échelle débutée dans ce pays. Une lueur d'espoir est donc en train d'apparaître que les frontières espagnoles restent entr'ouvertes pour les toros braves en 2007, alors qu'il est sûr que le moucheron vecteur aura inexorablement poursuivi sa progression vers le nord pendant l'été 2006. Restons cependant d'un optimisme mesuré.  ANGEL