La tauromachie est une culture qui se nourrit aussi de livres en langue française. En voici quelques-uns utiles à l'amateur.
Il n'y a aucune honte à être novice en tauromachie, il y aurait plutôt de la tristesse à ne jamais s'initier, voyez celle exhalée par les anti-taurins militants.
Georges Lestié est décédé récemment. Son livre demeure disponible pour les nouvelles générations qui découvrent la course de taureaux. Tout est dans le titre qui dit vrai. Les explications sont claires et les croquis limpides. Que celui qui n'a pas lu ce petit bréviaire se couvre de cendres! |
Si l'amateur tauromache voulait se restreindre à un seul
livre, ce serait celui-là. Comme un grand poème qui supporte inépuisablement la lecture, le livre d'André VIARD se comprend d'emblée par sa clarté, grace à la volonté affichée de faire oeuvre de vulgarisation, mais il surprendra encore à la seconde ou la tierce lecture. On s'y réfèrera avec bonheur bien après avoir vu de nombreuses corridas, car outre l'érudition forgée par l'étude et la pratique du toréo, il pose des problématiques de la corrida et du monde contemporain, mais encore il recèle profondément une éthique humaniste qui enrichit le sujet et le lecteur attentif par la même occasion. "Depuis quarante ans, en France, rien ne s'est publié de cette importance, et de cette clarté, au plan de la connaissance théorique et pratique du combat de l'arène". Claude Pelletier. |
Il s'agit bien des règlements de la corrida en vigueur
en Espagne depuis 1996, et appliqués pour l'essentiel en
France. Récemment, printemps 2006, l'Andalousie a édicté
un nouveau code qui au vu de la féria de Séville semble
apporter un progrès notamment pour le tercio de pique. |
Traduction en français d'un livre édité en espagnol en 1998: toutes les passes expliquées par les maitres. Les passes, de cape, de banderilles, de pique, de muleta... sont expliquées par les maestros qui y brillèrent. Des photographies accompagnent avec bonheur le texte. Il s'agit d'un livre de références, auquel on aura recours pour se souvenir qu'il y a d'autres manières de toréer un fauve que les ennuyeuses séries interminables de naturelles ou de derechazos. Ce qui n'enlève rien au caractère fondamental de ces passes qui eurent aussi leur maitres. D'ailleurs c'est Antoñete qui parle de la naturelle et du derechazo, on pourrait plus mal tomber. |
Mécontent de l'histoire officielle de l'art de toréer, l'auteur expose sa propre vision des choses, sans ressasser les mêmes sempiternelles anecdotes. Son point de vue a le mérite de s'appuyer sur de longues années de passion taurine et de ne pas manier la langue de bois. Sa manière de classer les toreros est plus complexe mais plus satisfaisante que la distinction habituelle entre dominateurs, artistes et courageux. exemple d'iconoclastie :"José Tomàs a un défaut capital : il n'a pas le sens du temple." (page 227) |
Il s'agit d'un de ces gros livre de la collection "Bouquins" de chez Robert Laffont. Pas facile de glisser les mille-cinquante-six pages dans la poche de son pantalon d'été. Aussi le gardera-t-on au frais chez soi pour une consultation à tête reposée. On trouve presque* tout dans cette somme: histoire de la corrida, caractéristiques historiques des races de taureaux braves, le déroulement du combat et une partie dictionnaire, l'essentiel des pages, avec des articles bien détaillés. * note -Dans l'édition 2003 on trouve Jalabert Jean-Baptiste, mais pas encore Julien Lescarret ni Mehdi Savalli. On ne trouve rien non plus à "peña angelina" ce qui est un manque regrettable, d'autant que la définition de "peña" semble un peu restrictive. |
Quand vous aurez assimilé le texte et le synoptique de notre ami Angel sur ce site, vous aborderez le livre de Bernard Carrère sur les encastes, leurs origines, leurs évolutions jusqu'aux ganaderies d'aujourd'hui. Des tableaux bien faits permettent de suivre les avatars des élevages, la montée irrépressible de l'encaste Domecq qui comme certaines algues bourrées au nitrates ont tout envahi, ne laissant plus ici où là que quelques réserves aux allures de conservatoire désespéré. C'est merveilleux d'érudition, c'est clair malgré la confusion du sujet. C'est un beau livre, faites vous-le offrir, vous avez bien un anniversaire que diable! |
Le voyageur taurin qui arpente les Sud de la France, tombera inévitablement dans un éventaire aux abords des arènes, chez un revendeur de presse ou même dans une supérette, sur un lot de livres des éditions Lacour. Cet éditeur est un bienfaiteur de l'humanité en remettant à la portée de tout un chacun des livres anciens en fac-similé, tant sur la tauromachie que sur l'art culinaire de terroir. Pour peu que les ouvrages soient poinçonnés comme un antique ticket d'autobus, signe de réforme et de solde définitives, et vous repartez avec un petit trésor:
Quarante cinq pages garanties d'époque. Je ne résiste pas au plaisir de citer la première phrase :"Les magnifiques arènes construites à Paris, rue Pergolèse, et les courses au taureau qui y ont été données non sans éclat ...", à laquelle fait écho celle-ci page 43 :"Le chiffre de vingt et un mille spectateurs a été une fois atteint; il l'aurait été toujours si le prix des places était moins haut, si les arènes étaient couvertes et closes, chose nécessaire en ce climat...". Cela se passait à Paris en 1889 ! Comparons avec les arènes de Las Ventas, à Madrid, qui contiennent 23 000 spectateurs ou Nîmes, un peu plus de 15 000. |
Somme passionnante sur la tauromachie naissante en France, ce livre très documenté est paru à l'occasion des courses de Bayonne en 1854. On trouvera, par exemple, dans ce beau livre un compte rendu des courses du 21, 22 et 24 aout 1853 données à Saint-Esprit (Landes) sous la direction de Cùchares soi-même. Je cite :" La dernière journée a surpassé la seconde en éclat et en mérite artistique, et le succès à venir des courses de Saint-Esprit est incontestablement assuré." Pour ceux qui ne le savent pas, Saint-Esprit c'est à Bayonne. Le journaliste ne s'était pas trompé. 150 ans plus tard, les courses se donnent à Bayonne plusieurs fois par saison. |
Si des philosophes furent des passionnés de la course de taureaux, peu ont philosophé sur elle. Professeur à l'Ecole Normale Supérieure, Francis Wolf s'y est livré. On apprend beaucoup à la lecture, mais on apprend à réfléchir non seulement à propos de la corrida, mais encore à nos relations avec les mondes animaux, à nos comportements vis à vis d'eux : doit-on protéger l'espèce ou l'individu? doit-on avoir la même compassion pour le loup ou le mouton? doit-on se comporter de semblable manière vis à vis de son caniche et vis à vis d'un Miura? Opte-t-on pour l'écologie ou le sentimentalisme animalier? Le texte est dans une langue qui évite les jargons, néanmoins une attention sérieuse est recommandée pour suivre l'articulation solide des propositions et l'enchainement des arguments et des questionnements dont les plus délicats ne sont pas esquivés ("pourquoi le taureau doit-il mourir?"). Seul inconvénient du livre, il faut se l'acheter pour l'avoir sous la main, durablement. |
Classer ce livre dans la rubrique philosophie est sans doute
un peu abusif, mais je n'ai pas mieux sous la main et ce n'est pas
tout à fait inapproprié, car les paroles des uns et
des autres que l'auteur a collationnées, relèvent
souvent de la réflexion morale ou de l'esthétique,
catégories qui en ressortissent peu ou prou. Qui a consulté
les propos de toreros que l'auteur a recueillis et publiés
précédemment, ressent un sentiment de déjà
lu. C'est normal car il s'agit d'une recompilation des mêmes
propos, mais classés par thèmes au lieu de suivre
la parole de l'un ou l'autre. Le livre serait alors décevant
si l'auteur n'y avait mis son grain de sel ; c'est dans l'interstice
des paroles retranscrites, dans le fond de sauce, que se trouve
toute la saveur du plat, c'est là que se dessine modestement
et se révèle la pensée de l'auteur qui nous
invite à prendre "conscience de la relation tendue,
rarement sereine, qu'un amateur de tauromachie entretient avec un
art par essence éphémère, qui lui échappe
le plus clair de son temps" (page 10). Amis parlons de la corrida, il en restera toujours quelque chose. |