Où
placer la pique?
Conséquences de la Localisation des Piques
lors de la SUERTE de VARAS
par Angel
Un peu d’Histoire
- En 1796, Pepe Hillo écrivait dans sa Tauromaquia : «
Le picador doit se trouver face au terrain qu’occupe le taureau et il doit
planter la pique dans le morillo, empêchant ainsi le contact avec
le cheval, qu’il guide en même temps vers la gauche afin de laisser
le taureau en position parallèle à l’encolure du cheval ».
- Tous les Règlements Taurins jusqu’à celui de 1917 compris
indiquent que le lieu où il faut piquer est le morillo et, jusqu’au
début du 20ème siècle, toute pique donnée plus
en arrière, et notamment dans la cruz, valait à son auteur
une forte amende, voire de l’emprisonnement…
- Depuis l’introduction du caparaçon en 1930, l’emplacement de
la pique n’est plus précisé dans les Règlements, et
il a nettement évolué vers l’arrière, pourtant sans
raison logique.
- En effet, le but essentiel de la pique, même s’il a quelque peu
changé, et sans parler de l’intérêt de juger de la force
du taureau, reste de lui faire baisser la tête, lui interdisant
des mouvements trop brusques, mais en le laissant apte à la faena
de muleta.
Un peu d’Anatomie

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La pique n°1devrait être la seule réglementaire.
La pique n°2 est encore acceptable.
La pique n°3 est inadmissible et devrait faire honte au picador. |
- Comme tout bovidé, le taureau de combat n’a pas de clavicule.
Les deux extrémités des membres antérieurs sont donc
reliées au tronc uniquement par des muscles et c’est l’endroit où
ces muscles se réunissent que l’on appelle la cruz,
emplacement idéal de l’estocade, mais pas de la pique comme nous
allons le voir…
- En avant de la cruz se trouve le morillo,
masse musculaire qui correspond au bord dorso-supérieur du cou et
qui va de la nuque à l’avant des omoplates.. Les muscles qui le composent
sont uniquement des muscles extenseurs du cou ou élévateurs
de la tête.
- En arrière de la cruz, il n’y a plus
de muscles sous le cuir pour protéger la colonne vertébrale
et la moelle épinière.
Les lésions et leurs conséquences
en avant de la cruz
- dans le morillo :
section des muscles trapèze
et rhomboïde cervicaux. D’autres muscles releveurs de la tête
sont situés plus en profondeur. Pour que la pique les atteigne (la
profondeur moyenne de la lésion fait tout de même plus de 15
cms…), il convient en fait de piquer dans la partie arrière du morillo,
juste en avant de la cruz. C’est l’endroit préconisé de tous
temps.
- sur les côtés du morillo :
les muscles
lésés ne sont qu’accessoires, alors qu’on risque en revanche
de provoquer des fêlures, voire des fractures, des omoplates.
dans
la cruz
Les
lésions intéressent des zones osseuses, vasculaires et nerveuses
très sensibles. Le taureau baissera la tête, mais à cause
d’une véritable « luxation » des muscles qui relient les
membres antérieurs au tronc, qui va également laisser l’animal
plus ou moins impotent, bien que sans boiterie.
tombée
au niveau de la cruz
Ce ne sont plus les muscles qui seront lésés, mais les cartilages
de conjugaison
des omoplates, provoquant obligatoirement de graves boiteries.
en
arrière de la cruz
La pique atteint la colonne vertébrale et donc la moelle épinière,
altérant la
propulsion et la motricité arrière.
En
arrière de la cruz et tombée
Perforation de la plèvre et troubles respiratoires.
Conclusion
Pour des raisons anatomiques, et en respectant le but initialement recherché,
il convient donc de piquer dans la partie arrière du morillo.
Un autre raison à cette localisation est que l’hémorragie consécutive
y est moins intense qu’ailleurs, le trou de pénétration se refermant
plus vite grâce à la pression des plans musculaires à cet
endroit très développés.
Il convient cependant de noter que la perte de sang, comprise entre 1,5 et 2,5
litres, est très modérée pour un animal de 500 kilos qui
en possède 37 litres. (A titre de comparaison, cela correspond proportionnellement
au volume habituellement prélevé à un donneur de sang.)
Contrairement à l’idée couramment répandue, l’hémorragie
ne met donc pas l’intégrité du taureau en danger, et encore moins
sa vie. Elle permet en revanche d’évaluer les dégâts musculaires.
Novembre 2006